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La série de la rentrée sur les leçons de l’été (2/5) : trop de croissance tue la croissance

La série de la rentrée sur les leçons de l’été (2/5) : trop de croissance tue la croissance

Quand l’ultra-croissance et les (trop) grosses levées de fonds mettent en danger les jeunes entreprises.

Save, Take Eat Easy et ChicTypes ont été les grandes (et malheureuses) surprises de l’été. Ces start-up avaient pourtant levé des millions et multiplié jusqu’à 10 fois leur chiffre d’affaires avant leur redressement judiciaire. Bien que cela soit contre intuitif, réaliser de trop grosses levées et/ou croitre trop rapidement est tout aussi dangereux que de manquer de ressources financières.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi l’ultra-croissance et les grosses levées de fonds peuvent être fatales pour les start-up.

La croissance est une bonne nouvelle, l’ultra-croissance un challenge difficile

Une forte croissance à un stade de développement prématuré est périlleux. La génération d’un chiffre d’affaires important n’est pas systématiquement synonyme d’économies d’échelle, surtout dans les premières années de vie d’une entreprise. Les revenus engendrés ne couvrent pas les coûts de développement, comme l’explique Adrien Roose (ex CEO de Take Eat Easy) dans un article qu’il a écrit à propos du redressement judiciaire de sa start-up. Dans son exemple, le modèle économique était simple et reposait sur des commissions prélevées auprès des restaurateurs. Seulement elles ont été insuffisantes pour couvrir les coûts de livraison. Mais afin de fournir un service de qualité et optimal, devenir une marque de référence et concurrentielle, il a bien fallu que Take Eat Easy déploie un nombre important de livreurs à un prix accepté par le marché. L’atteinte d’une marge positive a été difficile, même avec une croissance exponentielle de commandes.

La croissance doit être pilotée avec autant d’attention qu’un budget serré, afin de ne pas s’engouffrer dans des spirales de coûts très consommatrices. La gestion des stocks doit être scrupuleuse, le contrôle des paiements des clients rigoureux, et les coûts maîtrisés (le fameux : « il n’y a pas de petites économies ! »). Bien sûr, cela est plus facile à dire qu’à faire, surtout dans une ambiance d’euphorie générale et avec la volonté de satisfaire toute la demande existante. Mais il faut garder à l’esprit qu’anticiper en toute circonstance et être raisonnable est primordial. Les économies réalisées aujourd’hui serviront à financer la croissance de demain, en repoussant le moment de s’endetter et/ou de chercher à nouveau des investisseurs.

La levée de fonds est souvent perçue comme un résultat en tant que tel

Or, la raison de l’augmentation de capital est celle de la poursuite et de l’accélération de l’activité, ce qui suppose ensuite de rapidement recruter, développer et s’étendre. Une start-up qui a réussi à boucler son tour de table est perçue comme une entreprise qui a déjà réussi, alors qu’elle n’est qu’au début d’une nouvelle étape de sa vie.

Cette perception trompeuse incite les entrepreneurs à lever le plus possible, parfois bien au-delà de leur besoin. Mais paradoxalement, avoir trop d’argent peut s’avérer contre-productif. Les entrepreneurs peuvent être moins attentifs concernant les dépenses. Il est alors préférable de lever un petit montant et de l’utiliser de façon optimale que de brûler un surplus de cash non rentable.

Boris Golden, Partech Ventures : « la levée de fonds n’est que le début d’une nouvelle aventure et non pas un aboutissement ».

Avec de plus gros moyens, l’entreprise change de morphologie

Réaliser un chiffre d’affaires élevé ou lever des millions donne l’opportunité d’augmenter ses effectifs pour conquérir plus de parts de marché, proposer des produits et services plus performants, etc. En quelques mois, les équipes des start-up peuvent passer de 10 collaborateurs à plus de 150, comme cela a été le cas de Take Eat Easy les 12 mois précédents son redressement. Ce changement radical suppose de préparer un organigramme clair et de définir les missions de chacun. Cette opération en elle-même, vitale, est cependant très consommatrice en temps et en ressources humaines. La souplesse organisationnelle qui caractérise beaucoup de start-up est une qualité, mais elle n’empêche pas de mettre en place des process et des outils structurants, au contraire.

Le processus de levée de fonds en lui-même est chronophage

La recherche de fonds consomme beaucoup de temps et d’énergie à l’entrepreneur, qui se consacre alors presqu’entièrement à boucler son tour de table. Entre le moment où il exprime son besoin de financement et le closing, il peut s’écouler de nombreux mois. Ce processus est très (trop) long en France, et pendant que la start-up cherche des investisseurs, le marché évolue, la demande aussi et il devient difficile de tout mener de front. Une fois que la levée de fonds est terminée, le retour au quotidien des affaires est parfois compliqué pour les entrepreneurs.

D’ailleurs, Sowefund a pris conscience de ce problème, et cherche à aider les entrepreneurs à se concentrer sur leur activité en même temps qu’ils lèvent des fonds. La solution de co-investissement et de présentation des dossiers à son réseau de partenaires investisseurs (Business Angels et Fonds) constitue un véritable gain de temps pour les start-up qui ont réalisé des campagnes sur la plateforme.